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EGLISE REFORMEE DE GRASSE

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Le fonctionnement institutionnel de l'Église réformée de France

Comme toutes le Églises nationales membres de l'Alliance Réformée Mondiale, l'Église réformée de France (ERF) fonctionne selon le système presbytérien-synodal imaginé par Jean Calvin et Guillaume Farel. Ce système essaye de trouver un équilibre entre l'échelon local, ou "presbytérien", et l'ensemble des échelons collectifs, ou "synodal".

Institutionnellement, l'ERF est une union d'églises locales. L'association cultuelle qui en est le support légal s'appelle "l'Union nationale des associations cultuelles de l'Église réformée de France" (UNACERF).

Chaque Église locale est constituée en association cultuelle de la loi de 1905. Elle est dirigée par un conseil presbytéral2, élu par l'assemblée générale.

Ce conseil élit en son sein, pour trois ans, autant de délégués synodaux qu'il y a de postes pastoraux dans cette église. Ces délégués et les pasteurs de l'Église sont ses représentants au synode régional, qui est ainsi constitué d'autant de laïcs que de pasteurs3. Le synode régional élit un conseil régional, pour trois ans, lui aussi plus ou moins "paritaire", qui élit en son sein un président et un bureau. Le président du conseil régional, - toujours un pasteur, jusqu'à présent - est en quelque sorte le "chef de l'exécutif" régional.

De nos jours, la tâche de président du conseil régional est une tâche à plein temps. Celui-ci abandonne donc son ministère paroissial le temps de sa présidence. L'habitude est que, sauf départ à la retraite, il retourne en paroisse après. Il n'y a pas de hiérarchie ecclésiastique ni plusieurs "grades" dans le corps pastoral.

Le synode régional élit aussi en son sein, pour trois ans, des délégués, laïcs et pasteurs, qui constituent le synode national, instance suprême en matière d'organisation de l'ERF4. Le synode national élit, pour trois ans, un conseil national qui élit en son sein un président. Le président du conseil national est le "chef de l'exécutif" national. C'est a fortiori une tâche à temps plein.

Le fonctionnement de l'ensemble est un subtil équilibre des "pouvoirs" entre ces instances. Fondamentalement, les Églises locales sont souveraines, mais elles s'engagent, en adhérant à l'UNACERF, à respecter les décisions des synodes nationaux, et à se soumettre à la Discipline de l'ERF, qui confie un certain nombre de prérogatives au conseil régional et à son président.

Ainsi, par exemple, le nombre de postes pastoraux à pourvoir et leur affectation à telle ou telle Église est de la compétence du synode régional sur proposition du conseil, en concertation, naturellement, avec les Églises locales. Mais le choix d'un pasteur déterminé pour pourvoir un poste est de la compétence du conseil presbytéral. Nul ne peut forcer une Église locale à accepter un pasteur. Mais comme nul ne peut forcer un pasteur à accepter un poste particulier, le choix d'un pasteur est en fait une affaire de choix mutuel où chacun, dans une certaine mesure, doit séduire l'autre. La nomination d'un pasteur dans un poste doit recevoir l'aval du conseil régional, représentant l'UNACERF.

Une fois nommé dans un poste, le pasteur est rémunéré par l'échelon régional. Chaque Église locale envoie une contribution à la région pour pourvoir à ses dépenses, au premier rang desquelles les salaires des pasteurs. Cette contribution est négociée très ouvertement entre Églises et avec le conseil régional. Ceci permet une solidarité entre Églises, les plus petites versant une contribution inférieure au coût d'un poste pastoral. La région à son tour envoie une contribution à l'échelon national, lequel prend soin de la retraite des pasteurs, de leur formation via l'Institut Protestant de Théologie (partagé avec l'Église luthérienne) etc...

La paroisse est donc dirigée par un "exécutif à deux têtes" : le président du conseil presbytéral, généralement un laïc, et le pasteur, généralement vice-président du conseil (avec un laïc), permanent, théologien, et aussi représentant de l'Union nationale au sein de sa paroisse.

Le pasteur n'est pas un "prêtre". L'Église ne lui reconnaît aucun rôle, sacramentel ou autre, que tout autre laïc ne puisse remplir. À ce titre, l'opposition pasteur/laïc n'est pas fondée. Mais de fait, en fonctionnement normal, le pasteur oriente très fortement la vie de son Église locale, et il s'agit donc d'un ministère essentiel dans l'Église. Aussi, si les pasteurs ne sont pas "consacrés", ils sont reconnus dans leur ministère par l'Eglise réformée de France au cours d'un culte spécifique auquel est conféré une certaine solennité. De même, chaque fois qu'ils prennent leur poste dans une nouvelle paroisse, l'Église reconnaît ce ministère au cours d'un culte spécifique. (D'autres ministères font l'objet d'une reconnaissance formelle.)

L'ensemble des règles de fonctionnement et d'évaluation des ministères fait qu'un pasteur passe en général entre 5 et 14 ans dans un même poste. Et bien sûr, si le choix mutuel est une affaire de séduction, il y aussi des cas de divorce... C'est le conseil régional qui essaye de gérer les crises, qui peuvent se terminer par le départ du pasteur. L'UNACERF n'a pas le pouvoir de dissoudre un conseil presbytéral.

Autre exemple d'équilibre presbytérien-synodal. Le conseil national définit les sujets de reflexion des sessions annuelles du synode national. Une fois décidé, un sujet fait l'objet de documents préparatoires rédigés par une commission nommée par le conseil national. Puis ces documents sont envoyés aux églises locales qui étudient le sujet, soit en conseil presbytéral soit en y associant toute la paroisse. Ces reflexions alimentent des synodes régionaux qui se penchent sur la même question un an avant le synode national, et dont une commission rédige aussi documents préparatoires (en fonction des contributions des Églises locales) et document synodal élaboré en synode. Ces documents synodaux régionaux alimentent à leur tour la reflexion du synode national, qui produit un texte final qui devient la référence de l'ERF en la matière. Cette résolution peut comporter des éléments contraignants pour les Églises locales. Ainsi par exemple, quand le synode national s'est penché sur la notion de membre de l'Église, la résolution finale a demandé à toutes les Églises adhérentes à l'UNACERF de remettre à jour leurs statuts pour tenir compte de cette reflexion. Une autre année, la résolution synodale nationale a encadré et encouragé l'admission des enfants à la Cène.

Il est constitutif de l'attitude protestante d'estimer qu'une telle organisation ne soit jamais parfaite, qu'elle doive toujours être remise en question et améliorée, selon le voeux de Luther pour l'Église: reformata et semper reformanda.

Pierre Bernhard, Eglise Réformée de Grasse


Notes:

1. Elle même adhère à la Fédération Protestante de France, interlocuteur habituel des pouvoirs publics, par exemple en matière de nomination des aumôniers aux Armées, aux prisons...

2. Étymologiquement : "conseil des anciens".

3. En fait, plus de laïcs que de pasteurs, car quand un poste pastoral est vacant, l'Église envoie deux délégués laïcs.

4. En matière d'organisation, sujet de ce texte. En effet, en matière de foi, l'ERF ne reconnaît d'autre autorité que celle de Jésus-Christ tel que nous le font connaître les Évangiles, et cherche dans la Bible, Ancien et Nouveau Testament, interprétée à la lumière du témoignage intérieur de l'Esprit, à entendre la Parole de Dieu.

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